Pierre le conduisit vers une voiture que gardait un domestique en livrée noire.

—Si tu veux, dit-il, nous rentrerons seuls, et Joseph se chargera de tes bagages.

Fiers d'être ensemble et d'être sans témoins, ils montèrent comme deux enfants dans la petite calèche.

—C'est une belle matinée, tu sais; nous avons de la chance… Tu n'es pas mal assis?

—Mais non…

—Mon Georges, c'est gentil, va, d'être venu. Tu es content?

La voiture courait sur une route assez étroite, entre deux haies d'épines; à l'horizon, des collines boisées se déroulaient en demi-cercle dans une vapeur bleue qui tremblait au premier soleil.

—Quelle bonne vie nous allons arranger à nous trois, tout seuls. Ma femme va être si contente de te recevoir! Elle s'ennuie un peu, la pauvre petite. Dame! ce n'est pas très gai, cette solitude, surtout quand on a comme elle des goûts un peu mondains.

—Elle aime tant le monde?

—Eh! que veux-tu? Elle a vingt-trois ans; ses parents recevaient beaucoup; elle a de la gaieté, de l'esprit, de l'entrain, et nos arbres ne causent guère. Elle me fait parfois l'effet d'un joli petit oiseau dans une vilaine cage. Ce n'est pas que ce soit laid, chez nous, mais c'est un peu sauvage pour une bergère de cette espèce. Aussi, je pense bien ne pas m'éterniser au Merizet. J'ai là-bas un associé que je mets au courant de l'affaire; et quand l'heure sera venue, nous rentrerons à Paris.