—Pardonne-moi.
Il se sauva sans vouloir qu'on lui répondît.
—Pourquoi ai-je eu cette funeste idée de la rejoindre? Je ne trouve même plus, maintenant, la consolation de la reprendre en rêve!
Dans un malheur qui lui semblait pire, il regrettait son malheur de la veille.
Le second jour, Georges décida de renouveler sa tentative; mais, cette fois, il usa d'une discrétion qu'il jugeait plus habile, et qui ne serait pas incompatible avec la fermeté; il entreprit d'obtenir par détours ce qu'on refusait à la franchise: il ferait le siège de cette ténacité, comme celui d'une coquette: attitude moins digne de la tâche, sans doute, mais plus conforme à son tempérament; d'ailleurs, pensait-il, tous les procédés sont bons quand le but est louable. L'ancien Desreynes revint en lui et fut certes accueilli avec joie; durant la matinée qu'il occupa à combiner ses plans, il oublia de plaindre leur misère: le sceptique analysait un homme, pour appliquer la guérison, ainsi que le médecin tâte un malade, et la science primait les compassions.
—Ami, dit-il, ne te fâche pas, ne proteste pas, je ne me blesse de rien: je ne suis que désolé, mais je mérite tout. Voici: ma présence te harasse. Tu me le fais trop comprendre chaque jour… Puisque tu ne m'aimes plus, peut-être souffriras-tu moins quand je m'éloignerai…
Il surveillait avec anxiété l'impression de ses paroles et redoutait que son offre fût acceptée. Il poursuivit:
—Nous nous sommes trompés en espérant que mon affection et mes soins pourraient quelque chose contre ta peine. Je l'irrite en m'efforçant de la calmer. Tu m'évites, tu m'injuries; oh, je ne réclame rien de plus, pour moi; mais, Pierre, tu te fais plus de mal que tu ne m'en crois faire. Et c'est sans remède…
—Sans remède.
—Tu vois bien que je dois te quitter. J'irai n'importe où, au hasard; je t'aimerai de loin; je ne penserai qu'à toi, qui seul aussi t'en iras par le monde, traînant le chagrin d'une faute dont le remords me tue.