Presque avec regret, ils s'arrêtèrent à Naples, parce qu'ils l'avaient décidé; mais chacun pensait n'y pas rester longtemps, et chacun sans le dire, car il ne fallait pas craindre tout haut que rien pût arrêter les progrès de la délivrance.

Ils durent en convenir pourtant, dès le second jour.

Jeanne était dans les rues; Pierre la fuyait; Georges la flairait.

—Allons, allons, disait Arsemar, il faut se vaincre. Voilà l'épreuve définitive.

Il avait vu Naples pleine de poésie et de couleur, une fête de lumière; il ne la vit plus que pleine d'ordures, une léproserie, une hagne de vermine.

Il luttait pour trouver belles des choses qui devant lui avaient cessé de l'être; il sentait la sérénité lui échapper; pourtant, il prétendait rester là, afin d'y conquérir virilement la libération promise; dans la lutte, déjà, il s'énervait: un fourmillement de fièvre agaçait sa pensée.

Trois fois, en parlant à Desreynes, il ne put retenir ces phrases stridentes, qu'on lance à coups de cravache, et qui font souffrir celui qui les entend moins que celui qui les prononce.

Cependant, il aimait l'ami, et non plus l'amante: il le voulait ainsi.

Le second soir, il lui sembla presque qu'il n'aimait ni l'un ni l'autre.

Allait-il s'effondrer encore au fond des nihilismes qui l'avaient empoisonné dans la haute Italie? L'anxiété, sans doute, ne valait rien? Il eut peur de faillir.