—Bah! une femme nouvelle! Est-ce assez pour changer les plans d'un galant homme?

Desreynes prenait dans son geste les gravités et les lenteurs d'un homme qui va devenir philosophique; doucement, pour la seconde fois, il se retourna vers son hôte, à demi sérieux et ironique à demi.

Il continua, les reins cambrés contre la table, où ses deux pouces restaient posés:

—Vraiment, cher ami, je suis un peu las de toute cette vie. Des femmes, toujours des femmes! C'est bête, à la fin!… De l'amour, en cherchons-nous? De la beauté, en trouvons-nous? De l'esprit? Celles qui en ont sont aussi sottes ou plus que celles qui n'en ont pas! De la volupté? La seule dont puisse rêver un raffiné est celle qu'il donne et non celle qu'il reçoit. Or, par une délicate attention de nature, c'est l'unique chose au monde que les femmes ne soient pas capables de recevoir.

—Exagérez!

—J'exagère parce que je m'ennuie. L'homme qui s'ennuie n'a-t-il plus le droit d'être injuste? Les femmes m'ont fait tout le bien qu'elles ont pu, j'en ai assez; à un autre! J'ai besoin d'air.

—Prenez un aller et retour… Reviendrez.

—Comme on revient à la morphine, comme le cabotin revient aux planches. Mais la pièce que nous jouons est toujours trop la même; notre comédie a vingt comparses et n'a qu'un héros, le mensonge. C'est monotone.

—Mais, pardon, cher. L'amour…

—Poseur, parlez-en donc!… Et puis? Aimer, donner son cœur, n'est-ce pas? Si vous n'aviez qu'un lapin, est-ce que vous le lâcheriez dans un champ où tout le monde tire des coups de fusil?