—Ce sera, dit-il, la fleur de pardon et d'oubli, n'est-ce pas?
—Qu'ai-je donc à vous pardonner?
—Vous avez trop d'esprit, madame, pour qu'il me plaise de ruser avec vous. Aussi bien que moi-même, vous avez su la cause de mon trouble, quand je vous revis sur le perron. Je ne veux m'excuser ni de mon audace, ni de mon erreur. Vous êtes la seule femme au monde que je n'avais pas le droit de trouver jolie. Croyez bien que je porte la peine de ma témérité; mais je vous prie d'être assez généreuse pour m'épargner désormais la juste ironie de vos reproches.
—Vous parlez comme une leçon: l'auriez-vous apprise?
—Ne riez pas: j'ai bien souffert de tout ceci.
—En peu de temps… Etes-vous donc si sentimental? Les hommes sont singuliers. D'abord, cher ami, vous ai-je reproché quelque chose?
—Vous avez même été cruelle, madame. Combien de fois, en une seule journée, m'avez-vous obsédé du souvenir de ma faute? Je vous demande humblement pardon de mon insulte, et…
—Faute? Insulte? En vérité, je ne vous comprends pas: me pouvais-je croire insultée par votre hommage, puisque je l'accueillais? Vous m'avez plu comme je vous ai plu, voilà tout; c'était une… prédestination… d'amitié…
«Vous voyez bien, reprit-elle, que c'est au mieux; la vie est si banale, mon cher, qu'il faut savoir se réjouir de ce qui lui donne un peu d'étrangeté. Vous avez souffert? Si j'y croyais, je dirais que c'est grand dommage, mais que je m'amuse infiniment. Quel mal y a-t-il dans cette histoire? Voici la glace bien rompue. Je ne suis pas une mijaurée qui revendique des respects. Nous connaissant mieux, nous serons ensemble meilleurs camarades, et nous gagnerons bien des jours, puisque nous avons sauté d'un coup le fossé des cérémonies.
Jeanne fut contente de sa tirade.