«Ce que nous appelons pompeusement vertu n'est qu'un vice relatif: on pourrait dire que c'est le mal s'efforçant vers le bien.»
«On peut se moins méfier d'un homme qui a la confiance des enfants et des bêtes.»
«Pour les autres, pour soi, pour tous, un peu de bonté vaut mieux que beaucoup de génie: si tu dois entrer dans ma vie, ne me parle pas de ton œuvre; j'aime mieux la beauté d'une sotte ou la bonté d'un chien.»
«L'égoïsme ne consiste pas à jouir, mais à poursuivre et retenir les moyens de jouissance. La famille est un égoïsme au second degré. La patrie, c'est l'égoïsme élargi.»
«Si tu as à lutter contre un autre, ne songe qu'à ta force; contre toi-même, ne songe qu'à ta faiblesse.»
Georges, en lisant, tournait parfois les yeux vers son ami, avec un regard vainqueur et un subit mouvement de tête qui demandaient l'admiration. Il lançait des «et celle-là, qu'en dis-tu?» comme s'il en eût été l'auteur. Pierre écoutait, pensif; l'idée ne lui venait pas de s'émerveiller devant ces notes de son adolescence; il méditait le paradoxe de Desreynes sur l'intellect du monde et des lycées.
—Tu devrais écrire, Pierre: tu ferais quelque chose.
—Bah! Le travail et l'art n'ont de mérite que jusqu'à concurrence de l'oubli qu'ils procurent: je n'ai pas besoin de cela, moi!
Ce «moi», il le détacha avec une emphase qui ne lui était pas commune. Arsemar n'avait qu'un orgueil, celui de son bonheur. Il ajouta:
—Vois-tu, écrire, c'est vouloir être un homme. Je ne veux être qu'un heureux.