—Je te comprends, Anoure.
—Ah! Monseigneur comblerait le rêve de ma vie!
—Pour répudier les crimes de mon égoïsme, et pour réparer les torts que l'on eut vis-à-vis de toi, je te cède ce que tu demandes. Va, et que le souhait s'accomplisse.
A ces mots, le visage d'Anoure s'empourpra; ses petits yeux enfouis dans la graisse brillèrent d'un éclat neuf. Quel que fût son contentement, l'eunuque en retrait d'emploi prit à peine le temps de crier merci. Il se sauva dans le palais, peut-être pour vérifier la munificence du magicien, peut-être dans la crainte qu'il ne révoquât son présent.
C'est en cette occasion mémorable que Dieudonat put voir le dos d'un homme vraiment heureux; tandis que cet objet rare s'engouffrait dans l'ombre d'une porte, il l'examina attentivement: c'était un dos tout rond et penché en avant, comme s'il eût fléchi sous son fardeau d'espoirs, avec une tête baissée qui se ruait dans l'aventure, à la manière des taureaux.
Alors Dieudonat, l'âme allégée d'un peu, tourna le dos à son tour et s'en alla loin des amantes.