—Allez au Palais, demandez l'Archiduc ou son surintendant!

—Je quitte ce surintendant, qui m'a éconduit avec les mêmes excuses; je n'ai plus qu'à quitter l'Archiduc, qui veut bien aussi s'excuser d'être dans la misère.

Il salua de nouveau et partit; Dieudonat le poursuivait en suppliant:

Ne vous tuez pas! Ne damnez pas vos âmes, songez à la vie éternelle!

L'inconnu se retourna:

—Par grâce, et puisqu'il vous est impossible de nous sauver, en acquittant vos dettes, laissez-nous donc mourir en paix.

Il s'exprimait cette fois avec un calme empreint de gravité si noble que son bourreau y reconnut la tranquillité des défunts: le condamné, qui venait visiblement d'accepter son destin, portait déjà le sacre de la mort; Dieudonat, frappé de respect, baissa la tête, et le vivant cercueil s'en alla par la rue déserte.

—C'est ma faute, c'est ma faute! Que leur sang retombe sur moi, détestable fou que je suis, détestable par les désespoirs que je sème, et fou par l'impuissance où j'ai voulu me mettre de réparer mes crimes! N'ayant fait que du mal avec de l'or, j'en ai stupidement conclu qu'il est nuisible, et je l'ai aboli pour l'heure où il eut été bienfaisant. Mon Dieu, je le savais, pourtant, que rien n'est absolu, que nulle chose n'est bonne ni mauvaise en soi-même, et que notre choix seul décide de ses vertus. Je l'ai commentée en dissertations savantes, cette vérité-là, et pas plus qu'un niais je n'ai songé à m'en servir. Quelle différence faites-vous donc, mon Dieu, entre l'imbécile et le sage?

Une voix, dans le vent, lui répondit: