—Il n'y est que trop, dans le canal!
On rit. La sagesse populaire devenait grivoise, comme d'usage. Dieudonat, pour ne plus entendre, se pencha vers le fleuve:
—Si pourtant ils avaient raison, et si l'enfer n'existait pas, elle serait, dans ce grand lit d'eau, plus à l'aise que dans la rue...
Peu à peu la foule se dispersa derrière lui. Déjà le soleil déclinait à l'horizon: le fleuve glorieux se dirigeait vers cette clarté, poussant ses lourdes ondes comme une lave d'or.
—C'eût été là vraiment un beau lit funéraire!
Il regarda les flots couler, toujours pareils, toujours pareils.
—Oh! las, mon Dieu, que je suis las, et pourtant je commence à peine. Je parle de réparer, et voilà comment je répare! Un couple d'heureux, l'épouse et l'époux, aurait pu encore bénir la vie, et je les laisse mourir; une paire de miséreux, la mère et l'enfant, traînera le boulet des années, et je les condamne à vivre: je ne savais pas! Dans une charitable intention, j'empêche une femme de se noyer, et quand je l'ai contrainte à ne plus attenter à ses jours, j'entrevois que la tombe serait son unique refuge: je ne savais pas! Dans le repentir de mes fautes, je me sépare de ce par quoi j'ai tant péché, octroyant ma beauté à celui-là, ma virilité à celui-ci, et cette double abnégation m'empêche de sauver une existence brisée par mon caprice: je ne savais pas! Jamais je ne sais! Je ne veux que le bien et ne fais que le mal! Les meilleurs sentiments me procurent les pires résultats. Tout m'est erreur! J'entasse sottise sur sottise. Quelle différence faites-vous donc, mon Dieu, entre l'imbécile et le sage?
—Rien qu'une, répéta la voix.