Ils parlèrent amicalement à leur client d'un jour, et rien, dans leurs propos, ne se ressentait de cette morgue qui est coutumière aux subalternes, lorsque pour un moment, ils deviennent les maîtres. Ils plaisantèrent ce vagabond sur le viol dont il s'était rendu coupable dans les bois, et qu'il allait expier sous du bois; sans vaine pruderie, ils le renseignèrent sur les effets honorables de la pendaison; leur rire était sonore, plein de santé, et Dieudonat, par politesse, s'efforçait de rire avec eux, mais n'en avait pas grande envie. L'idée d'être pendu avait décidément cessé de lui plaire; son goût pour les aventures nouvelles ne l'excitait plus ce matin, plus du tout. D'abord, il était mal en point; l'étrange maladie qu'il venait d'acquérir lui glaçait le sang et les os; son âme immortelle en restait flapie; il n'avait appétit à rien, ni à vivre, ni même à mourir, ce qui pourtant est la dernière fantaisie des gens découragés: ses bras pendaient sous le poids des mains, sa tête penchait vers l'épaule, ses genoux chaviraient et sa peau se hérissait de froid, tandis que les bienveillants fonctionnaires lui ôtaient ses habits pour lui faire revêtir la chemise des pénitents.

Déjà son torse était à demi-nu; il dit avec douceur:

—Je n'ai pas bien chaud...

—C'est la peur, mon camarade; tette une goulée.

Il but, à la gourde, une eau-de-feu qui le fit tousser, faute d'habitude, et les bourreaux, gaiement, lui tapèrent le dos entre les omoplates. Un des aides déployait devant lui, en la faisant claquer, l'ample robe noire, qui lui parut vilaine et triste.

—Rien de tout cela ne m'amuse, et je regrette bien de vous donner une peine inutile, mais je souhaite qu'on ne me pende pas. Ainsi soit-il!

—Tu en as de bonnes, mon fieu!

Ils continuèrent leur besogne; sa chemise était enlevée; ils le virent sans aucun voile: leur hilarité fut énorme.

—Un eunuque!