Le bonhomme entra en méfiance: une guérison qui ne coûte rien ne peut pas valoir grand'chose; et, lorsque le marchand offre gratis sa marchandise, c'est qu'il cache un moyen de la faire payer gros. Le vilain guigna le sorcier:

—Donnant, donnant; je veux savoir ton prix à l'avance.

—Ça ne vous coûtera rien.

—Je veux savoir.

—Je n'ai besoin de rien.

Sur cette vaniteuse parole, tous ses besoins apparurent.

—Qu'est-ce que je dis là, moi? Je me vante. Besoin de rien? L'insistance de ce brave homme est bien évidemment encore un conseil de la Providence... J'ai été prince, moine, savant, anachorète et chemineau: j'ai eu des palais, des trésors, des livres, des femmes; je connais tout, excepté la bonne vie des bonnes gens. Si je lui demandais...

Il hésita, respira, et il parla:

—Puisqu'il faut absolument vous demander du retour, eh bien, ma foi... Tenez: supposons qu'on serait amis, comme deux frères: on habiterait ensemble, chez vous; je m'enrôlerais à votre chantier. On ne m'a point appris d'état, mais je ferais les gros ouvrages, aide-maçon, gâcheur de mortier, ce qu'on voudra; depuis le couvent, ça m'a toujours tenté d'être maçon. Je rapporterais ma paye à votre ménagère, et je ne tiendrais guère de place au logis: un coin me suffirait, avec une paillasse.

—Tu manges fort?