Il n'en fallait pas davantage pour que Dieudonat fût tout aise:
—J'ai eu là une riche idée, et j'en serai récompensé; je vais donc enfin vivre chez les bonnes gens!
Son âme était contente, mais son corps se prenait d'une lassitude étrange. Il s'assit sur la borne que l'autre venait de quitter.
Le couvreur lui cria gaiement: «En route!» Et, sans plus attendre, il se mit à arpenter les rues aux pavés ronds. Le prince avait peine à suivre et se sentait la tête vague.
—Je suis comme cassé, tout d'un coup.
—Trotte, ça passera.
En cet espoir, il trottait par derrière, mais la route se faisait longue, à travers les faubourgs; la chaumière de Polygène était tout là-bas, hors la ville. Le bonhomme allait de l'avant et chantait vers l'horizon; à tue-tête, les notes fausses sortaient de sa barbe en broussaille, et bondissaient sur le chemin, en avant, toujours en avant! Parfois le vilain daignait se retourner:
—Ohé, la chiffe! Tu ne marches pas?
Il riait, vigoureusement, et Dieudonat, réconforté par tant de gaillardise, tirait la jambe de son mieux, en répétant, pour se donner courage:
—Je vais connaître les bonnes gens, moi, la bonne vie simple et laborieuse! C'est cela qu'il faudrait au pauvre Calame, pour le remettre un peu d'aplomb... Je vais connaître les bonnes gens...