—Tu vois, fit Onésime, la seille reste pleine: tes vœux sont irrévocables, je te le disais!
Le Prince était devenu aussi pâle que son chou; il contemplait avec épouvante ce disque d'eau verticale et tranquille qui refusait de se répandre sur le sol, et, cette fois, il comprit toute la vérité:
—Mon Dieu, mon Dieu! De quelle terrible faveur m'avez-vous accablé? Mon impuissance, que je connais, va être surchargée d'une puissance que je ne connais pas!
Onésime restait abasourdi devant cette tristesse.
—Tu te désoles? Et pourquoi donc? Il faut te réjouir, au contraire, et remercier le Seigneur! N'avais-tu donc pas remarqué comme tes cuivres brillent dès que tu les astiques, comme la rouille s'en va des marmites, comme la cheminée cesse de fumer, aussitôt que tu le souhaites?
—Aussitôt... Oui, tu dis bien: «Aussitôt...» Et cela signifie: «Trop vite!» Car me voilà privé, entre toutes les créatures, de cette ardeur à l'espoir qu'on nomme le Désir, de cette ardeur à l'ouvrage qui s'appelle l'Effort. Innocent ami! Comprends donc que je suis désormais pauvre au delà des pauvres, et dénué à l'infini, puisque je n'aurai plus l'envie de rien, ayant la possibilité de tout.
—C'est pourtant bien commode.
—J'ai mis huit années à apprendre que l'Effort est l'unique noblesse de l'homme; en une minute, j'apprends que l'effort m'est interdit. Qu'est-ce qu'il me reste, alors?
—Il te reste... il te reste... de faire ce que tu veux, tiens!
—Le bien et le mal...