Les poignes s'ouvrirent et Dieudonat pensa:

—Voilà un bandit bien respectable, qui répugne aux méfaits de médiocre rapport.

Mais le capitaine des voleurs avisait le vicomte et s'écriait avec un large rire:

—Eh! Gontran-le-Coquin, est-ce toi? La sotte prise que mes gens faisaient là!

—Ruprecht-le-Camard!

—Par les cornes du grand Diable, j'arrive à point pour te sauver la peau, et ta peau, j'imagine, est le meilleur de toi!

Gontran se rajustait et ne protesta point.

—Vive tout! reprit le capitaine, tu t'encapuchonnes, mon gaillard, et te voilà flanqué d'un confesseur? Bon, bon, ne t'en défends pas! J'aime les moines quand ils sont gras: je vous engraisserai, mon père, et, puisque je vous tiens pour une heure, vous partagerez mon brouet, et les vins dont je l'arrose. Ne refusez pas! Quiconque déjeune avec Gontran peut bien souper avec Ruprecht. Et vous serez libre après boire. En route!

La désobéissance n'eût pas été de mise. Le Prince en rupture de trône se résigna tranquillement et suivit la marche; le capitaine avait pris par le bras son joli camarade et l'entraînait sous bois; à les entendre deviser, en échangeant des souvenirs, Dieudonat put apprendre que naguère ils travaillaient ensemble à l'Université, que ni l'un ni l'autre n'avaient eu de goût pour l'étude, et que tous deux étaient partis vers l'aventure, chacun par une voie. Ils en riaient, éprouvant du plaisir à se retrouver par hasard; mais l'allégresse du vicomte restait empreinte d'une correction tout à fait aristocratique, et celle du routier s'exprimait avec une brutale exubérance.