—Avec le Bâtard. Savez-vous que les méchantes langues vous accusaient de l'avoir?...

—Achevez, de grâce!

—Je ne m'occupe pas de politique: c'est un principe. Les Rois, les Princes, je vous l'ai dit, s'arrangent entre eux. Il aspirait au trône, vous y aspirez; une couronne et deux têtes, mauvais compte! Mauvaise affaire, surtout, pour les affaires! Un des prétendants s'évapore? J'enregistre le résultat et je ne me soucie pas d'expliquer le moyen.

—D'autres que vous l'expliquent, n'est-ce pas? Dites-moi tout!

—Rassurez-vous, personne n'en parle déjà plus. Votre frère était peu aimé: perte mince. Vous régnerez en paix: bénéfice énorme, pour vous comme pour nous.

—Je ne régnerai jamais.

—Laissez donc! Que papa s'en aille, et vous nous reviendrez. On se reverra, mon Prince, et nous ferons de bonne besogne, ensemble, moi et vous: je sens cela. Le pays espère beaucoup de votre gouvernement, et il l'attend avec impatience: légitime impatience, je vous le confesse entre nous, car la situation n'est pas brillante, certes!

Pour occuper ses loisirs pendant qu'on achevait de charger ses millions, il voulut bien continuer une conversation dans laquelle il n'avait plus rien à demander; gratuitement, et par pure bienveillance, il exposa des faits: les collecteurs d'impôts ayant été pendus, les impôts n'étaient pas rentrés, et le Duc, en l'absence de ses recettes ordinaires, n'avait pu faire face à ses dépenses extraordinaires; dans une telle urgence, Hardouin-le-Juste s'était vu contraint à recourir aux ressources exceptionnelles, concussions et prévarications, altération des monnaies, exactions diverses et confiscations arbitraires, emprisonnements et décapitations.

—Mon père a fait ces choses!