Du noroît, une fumée d’embruns s’avançait sur la mer, en tourbillon blafard, et tordait la crête des vagues. Pour s’en faire un gouvernail contre l’assaut, Lekor empoigna un aviron, et regarda venir. La lourde masse d’eau arrivait en sifflant: sous le choc, l’aviron cassa net, et le marin tomba sur les genoux, pendant que la coque craquait de toutes parts. Les femmes, inondées, hurlèrent plus fort.

Toussaint se releva.

—N... de D...! Écopez, vous autres!

Anne-Marie, seule, saisit un seau; les autres continuaient à geindre; Katic s’étant mise à réciter une prière, Jeannine et Scolastique l’imitèrent, et, chaque fois qu’une brève accalmie, entre les ressauts, permettait à leurs mains de lâcher le banc ou les membrures, vite, elles commençaient un signe de croix, toujours inachevé.

Au-dessus de leurs têtes, la vergue folle se démenait, ballant et martelant le bordage.

Pour lier sa voile, le matelot marcha sur les femmes, comme sur des agrès: ses durs souliers leur écrasaient le ventre et les côtes; elles interrompaient leurs prières pour l’injurier et lui battre les jambes; il ruait dans le tas.

—Écopez, rosses de femelles! On va couler!

Katic se décida; les deux autres en firent autant. L’embarcation, enlevée par les fortes lames, pivotait à leur crête, sous la poussée du vent, et, tour à tour penchée sur un bord ou sur l’autre, elle fuyait dans le courant qui l’avait prise.

—Où qu’on va, Toussaint?...

Comme si de longs atavismes l’eussent préparée à cette mort, Anne-Marie parlait d’une voix presque calme, en emplissant son seau, pour le vider par-dessus bord, et ses gestes précis étaient ceux d’une ménagère à l’ouvrage. Le Breton ne lui répondit pas; il buvait à sa gourde.