—Dites tout de suite: un chien enragé.
—Et pourquoi donc je ne le dirais pas? Elle est plus juste que tu ne penses, ta comparaison; elle est plus juste que la mienne. Car c’est vraiment une maladie comparable à la rage, que tu achètes, pour te l’inoculer. Et tu vois que tu n’es pas dénué de bon sens, dans ton état normal, puisque tu as trouvé tout seul la vérité qu’il fallait dire.
—Chien enragé? fit l’autre, goguenard.
—Avec cette aggravation, encore, que le mal est héréditaire. Car tu sais, Moëlan, il ne faudrait pas t’aviser de faire un enfant à ta femme. Il vaut mieux lui casser une côte. Un os de côtelette, ça se recolle en trois semaines, tandis que votre gosse, il serait rachitique, pour toute sa vie, ou boiteux, fou, idiot, ou tuberculeux, ou bien sourd-muet, comme on en voit tant, et les enfants qu’il mettrait au monde seraient tout pareils à leur père: par ta faute, tu m’entends, par ta faute!
Le docteur avait pris Moëlan par le bouton de sa veste, et il lui parlait dans le nez.
—Tu pues encore l’alcool!
Derrière le battant de la porte entr’ouverte, la mère Guillou écoutait en astiquant un bol, contente du médecin qui malmenait son gendre, et contente aussi que personne ne fût là pour entendre ce qu’il disait contre la boisson. Elle songeait:
—Faut mieux qu’on vive, tout de même, et pour vivre, il faut vendre.
Le député jugea bon de s’éloigner un peu, sous prétexte d’examiner le moteur; Moëlan aurait bien voulu s’en aller aussi; mais le médecin le tenait toujours par le bouton de sa veste.
—Tu as encore bu, ce matin? Avoue!