Son verbe âpre et ferme indiquait une de ces résolutions martiales contre lesquelles on ne lutte point. Il disait: «J'épouse Olga», comme il eût dit: «Je prends le bastion!» Et cela signifiait: «J'y laisserai ma peau, s'il est besoin, mais la chose sera!»
Le pire, c'est que mon frère, nature passionnée, mais timide avec les femmes, n'avait dans son passé que des aventures faciles, sourires de garnison, à tant par heure, et que la belle Olga s'imposait en lui avec toute la puissance du premier amour complet: exquisement femme, elle le tenait par l'admiration autant que par le désir.
—Il est décidé depuis longtemps, ce mariage?
—Quinze jours ce soir.
J'étais l'amant d'Olga depuis quatorze jours. Elle m'avait donc choisi le lendemain de ses fiançailles, et uniquement parce qu'elle épousait mon frère; elle n'avait caché ce projet de mariage que pour nous placer tous les trois en présence d'un fait accompli. Maintenant, elle regardait: nous allions, Octave et moi, lui donner une comédie des Atrides, nous entre-dévorer pour elle.
—Toi, tu es mon amant; toi, tu es mon fiancé. Débrouillez-vous.
Les personnages étant posés, elle attendait le dénouement.
Mais que dire, moi? Avouer tout, et trahir le secret d'une femme? Parbleu! je l'aurais osé sans scrupule, car Olga ne méritait guère les ménagements d'un honnête homme. Mais mon frère était capable, en rentrant chez lui, de se faire sauter la tête, et c'était assurément là une des solutions prévues par l'héroïne: «Un amant s'est tué pour moi!»
D'angoisse, de rage concentrée, d'impuissance, je tremblais devant Octave, et je lui dis, à la fin:
—Écoute, réfléchis bien; j'ai peur pour toi. Olga ne me semble pas être la compagne qu'il te faut…