Elle prit un temps, et fit deux pas, comme au théâtre.

—Octave, reprit-elle, je vous aime, pour votre droit et simple caractère. Je vous ai confessé ma faute et vous l'avez noblement pardonnée. Un homme indigne de moi a pu m'abuser un jour, et vous jugerez s'il est également indigne de votre colère, lorsque vous saurez qu'à présent il m'ose menacer de vous révéler mon secret.

Je demeurai immobile, ahuri par tant de cynisme. Mon frère, immobile aussi, regardait sans parler, peut-être sans comprendre.

Elle nous examina tour à tour, satisfaite, mais grave, puis elle reprit:

—Octave, je vous rends votre parole: vous êtes libre de vous retirer, pour ne plus jamais me revoir. Si, par ma franchise, je perds votre amour et brise notre bonheur, je garderai au moins la consolation d'avoir fait mon devoir tout entier. J'achève donc de le remplir.

Elle fit encore deux pas.

—Connaissant ma faute, vous aviez le droit de me demander un nom. Vous n'avez pas voulu: on me force à vous le révéler. Vous savez maintenant ce nom.

Elle étendit un bras vers moi, et baissa la tête avec une humilité de Madeleine repentante.

Mon frère cria:

—Toi! C'est toi!