—Vous vous rappelez, mon ami, que j'ai à vous dire un secret. Je l'ai promis, et je tiens mes promesses… Vous semblez bien ému et vous respirez avec peine? Remettez-vous. J'attendrai un instant: vous avez bien encore une heure à vivre, que diable!…

Il examinait le moribond. Après un silence, il reprit:

—Là… Cela va mieux?… Vous fûtes un homme de génie, mais un homme de rêve, voyez-vous, et vous ne vous rendiez pas bien compte de la puissance de l'or. Vous allez comprendre, mais un peu tard… Je possède, n'est-ce pas, toute l'œuvre, l'œuvre immortelle de Clément Gonthaud? Oui, je sais, il me manque un tableau sans valeur, une banalité acquise par l'État, et l'avenir vous ferait tort s'il vous jugeait d'après cela. Oui vraiment, mon pauvre ami, s'il ne vous restait que cela, vous feriez une piètre figure devant la postérité!…

Goldenstock rit plus largement que jamais, fit une pause, respira, et dit:

—Eh bien, voilà: je vais brûler le reste, mon ami.

Le mourant, immobile, hagard, déjà rigide, regardait droit devant lui. La bûche de chêne, dans la cheminée Renaissance, flambait à hautes flammes. Goldenstock tira, de son gousset, un canif à manche d'or.

—Vous m'avez pris ma femme: c'était votre plaisir. Je prends votre œuvre: c'est mon plaisir. Hein, mon gaillard? Toute votre œuvre! Pft! Une flamme, une fumée, une mauvaise odeur, et voilà ce qu'il reste de vous: les valets ouvriront les fenêtres pour établir un courant d'air, et vous disparaîtrez du monde, dans le courant d'air!

Clément Gonthaud ne bougeait pas.

Craignant qu'il ne fût mort et qu'il n'entendît plus, Goldenstock se rapprocha.

L'agonisant respirait encore. Goldenstock s'inclina pour lui parler sur la face.