Il s'approcha.

La femme, sans prendre garde à lui, demeurait immobile. Elle était belle et triste, et ressemblait au soir. Vêtue de couleurs mourantes, elle incarnait cette heure, et sa riche maturité, dans ce monde peuplé d'adieux, solennellement, apparaissait comme un symbole.

Il vint plus près de l'inconnue, qui ne se détourna point.

Enfin, elle le regarda.

Parce qu'il pensait les mêmes choses, elle n'eut pas honte d'être surprise dans sa pensée intime, et la pudeur de son âme ne fut pas épouvantée.

Il salua. Elle répondit à peine. Mais, dans leurs yeux qui se rencontraient pour la première fois, ils se reconnurent sans s'être jamais vus: c'est pourquoi il resta debout à côté d'elle, ayant senti qu'elle permettait sa présence. Même, chacun d'eux avait peur que l'autre s'éloignât, parce que, sans le savoir, ils s'étaient espérés l'un l'autre, et, dans leurs yeux timides, ils avaient lu, tout d'abord, leur crainte mutuelle d'être trop tôt abandonnés. Cependant, comme ils sentaient ensemble, ils se turent, pour garder la grandeur de leur recueillement, et déjà le ciel, la terre, le couple, tout n'avait plus qu'une seule âme.

Longtemps, ils demeurèrent ainsi, fixes et côte à côte, dans leur muette adoration; par instants, ils échangeaient un sourire presque chagrin et presque ami, puis, se tournaient vers le soleil.

L'astre descendait plus vite; une vapeur se balançait au-dessus de l'eau, sous les branches des premiers saules, et le soleil descendait encore…

Tous deux le contemplaient avec une commune angoisse.

Lorsque le bord du disque se déchira sur la colline, brusquement, un même sanglot leur échappa.