—Il est vrai, mon cher maître, que je donne mes soins dans une famille fort cossue, et qui possède, en outre, une fille d'âge nubile.

—On ne vous a parlé d'aucun projet matrimonial?

—D'aucun.

—Faites qu'on vous en parle et tâchez qu'on ajourne. Le fiancé est mon client: c'est tout dire, et vous devinez son mal. Le jeune homme est dans un épouvantable état. Il m'a demandé s'il pouvait se marier, et je lui ai répondu qu'il ferait plus honnêtement d'assassiner quelqu'un sur la grand'route. Mais le gaillard ne m'a pas l'air bien convaincu; la dot le tente: il a dit: «J'attendrai.» Il n'attendra pas, je le sens. Il a, pour commettre le crime, une excuse d'un million. Je l'ai fait causer du mieux que j'ai pu, et il en a trop dit. Je n'ai pas cherché à connaître le nom de sa future, mais il a prononcé le vôtre. Je vous avertis.

—Vous m'effrayez, mon cher maître. La jeune fille à laquelle je pense est un prodige de santé…

—Sauvez-la donc.

—Que puis-je faire?

—Ce que vous pouvez? Rien. Ce que vous devez? Tout. Je mets une vie entre vos mains, plusieurs vies, car, s'il naît des enfants, pauvres petits, je les plains!

—Je vais…

—Prenez garde aux imprudences! Si la loi morale, en de tels cas, nous oblige à parler, la loi sociale nous interdit de le faire. Soyez habile: obtenez des renseignements qui ne soient pas des confidences; le jeune homme ne vous a pas livré le secret de sa maladie, et vous êtes libre devant lui. Allez. Bonne chance. Au revoir.