--Tu n'as pas peur que ta fiancée devienne amoureuse de lui?

Il partit d'un bon éclat de rire:

--Pas de danger. Tu le connais: c'est Calbot, un véritable monstre!

Je me souvins, en effet, d'un pauvre diable, très laid, vrai souffre-douleur de l'étude, avec un nez cassé, à peu près privé de toute arrête médiane et une bouche fendue jusqu'aux oreilles, un de ces êtres que la nature enfante quelquefois sans autre but visible que de réjouir les hommes normaux, - Agniel, en particulier - et, par comparaison, de leur faire croire en leur beauté.

--D'ailleurs, le plus drôle, ajouta-t-il, c'est que l'enfant se plaît avec ce gnome. Elle a pitié de lui, dit-elle. Au fond, je crois qu'elle est très bonne et dévouée, ce qui a bien son prix chez une femme.

--Est-ce que, dans certains cas, les expressions de chansonnettes que tu stigmatisais tout à l'heure retrouveraient grâce à tes yeux?

--Parrain, cher parrain, je vous aime bien, mais vous êtes un étourdi! Ces expressions-là sont ridicules quand il ne s'agit que d'amour, mais, dans un ménage, elles retrouvent leur sens; la femme doit avoir de ces vertus qui font la vie de l'homme plus agréable.

Il parla encore longtemps de la sorte, avec cette certitude tranquille que j'appréciais tant en lui. Il me confia que chaque soir, avant de se coucher, pour ne pas avoir d'aléas, plus tard, il établissait la comptabilité d'une de ses journées futures. Il savait le prix de toute chose, et il prenait plaisir à additionner les dépenses de son ménage, celles de sa femme et les siennes propres, afin de voir ce qu'il aurait à gagner et ce qu'il pourrait économiser là-dessus.

--Cela n'a l'air de rien, mais mes petits calculs sont des plus utiles. On sait où on va. On supprime l'imprévu. Il n'y a pas de méthode plus raisonnable.

Je convins de son excellence. Agniel me quitta pour aller grossoyer chez maître Racuir. Mais, quand il m'eut quitté, je m'aperçus tout à coup qu'il avait omis de m'apprendre le nom de sa fiancée future.