--Le mariage est-il fixé?

--Oui, je l'épouserai le 1er septembre. Et d'ici là, personne ne la verra que ses parents et moi! Ah! si sa bande espère me l'escamoter de nouveau, elle en sera pour ses frais! Il y a même un escogriffe qui est venu demander des renseignements auprès de la concierge! Celui-là, si je l'y repince, je lui casserai la figure!

Malgré ma cruelle déconvenue, j'eus une forte envie de rire. Agniel continuait:

--Et puis, je ne vous ai pas tout dit: l'oncle Planavergne file un mauvais coton. D'ici à peu de temps, je toucherai la bonne galette!

Je tentai de nouveau de le décourager, de le dissuader de son projet; je lui représentai le danger qu'il y a à épouser une fille qui n'est pas équilibrée, le grand nombre de celles qui sont à l'abri de toute tentation, les hasards de l'avenir.

Mais Victor Agniel secouait la tête:

--J'en fais mon affaire, disait-il; celle-là, je saurai la mater. D'ailleurs, je connais la manière: en trois séances, son père l'a rendue aussi douce qu'un agneau.

Et comme j'insistais, il ajouta:

--Ah! vous êtes bien obstinés! La connaîtriez-vous, par hasard?

Sa méfiance éveillée, il ne me restait plus qu'à battre en retraite. Je lui souhaitai ironiquement beaucoup de bonheur.