--Un philatéliste! S'écria M. Bouldouyr, qui devint soudain rouge de colère, je vous prie, n'est-ce pas, de ne pas me confondre avec un imbécile de cette sorte! Un philatéliste! Pourquoi pas un conchyliologue, puisque vous y êtes?

--Je vous demande pardon, monsieur, je ne croyais pas vous fâcher...

--C'est bon, c'est bon, dit M. Bouldouyr, en se levant. Je vais prendre l'air, je reviendrai tantôt.

Et il sortit en faisant claquer la porte.

--Il est un petit peu piqué, dit M. Delavigne, en souriant. Mais ce n'est pas un méchant homme. Il s'appelle Valère Bouldouyr. Un drôle de nom, n'est ce pas? Et puis, vous savez quand il dit que rien ne l'intéresse, il se moque de nous. Il se promène souvent au Palais-Royal avec une jeunesse, qui a l'air joliment agréable. Et vous savez, ajouta indiscrètement M. Delavigne, en se penchant vers mon oreille, il est plus vieux qu'il n'en a l'air. C'est moi qui lui ai fourni son postiche et la lotion avec laquelle il noircit à demi sa barbe, qui est toute blanche...

Ces détails me gênèrent un peu. Je demandai à m. Delavigne à quoi M. Bouldouyr était occupé.

--A rien, c'est un ancien employé du ministère de la Marine. Maintenant il est à la retraite.

Je quittai la boutique de M. Delavigne. Je croisai M. Bouldouyr, qui s'acheminait de nouveau vers elle. Il marchait lourdement, et il me parut voûté, mais peut-être était-ce l'influence du coiffeur qui me le faisait voir ainsi.

Je gagnai le Palais-Royal et je traversai le jardin. C'était un jour de printemps. Le paulownia noir et tordu portait comme un madrépore ses fleurs vivantes et qui durent si peu. Un gros pigeon gris reposait sur la tête de l'éphèbe qui joue de la flûte. Camille Desmoulins, vêtu de sa redingote de bronze, commençait la Révolution en s'attaquant d'abord aux chaises.

En regardant machinalement ces choses habituelles, je songeais à Valère Bouldouyr. Son nom ne m'était pas inconnu, mais où l'avais-je entendu déjà?