--Elle lui aura sans doute écrit.
Je n'en croyais rien, mais j'entrevoyais la cause de ce silence volontaire. Sans doute était-il trop cruel à Françoise de prononcer même le nom de Béchard. Pourtant, si elle l'aimait, comment se résignait-elle à cette sotte union?
--Et vous, Salerne, qu'avez-vous appris?
J'avais appris la prudence; je répondis que les quelques renseignements que je tenais du hasard étaient moins explicites que cette lettre. Valère Bouldouyr n'insista pas. D'ailleurs, son désespoir l'enfermait dans un cachot si étroit que tout lui devenait indifférent.
--Elle reviendra, dis-je, pour lui donner courage, elle s'échappera quand elle sera majeure, et vous la reverrez ici!
Le vieil illusionniste reparut une seconde: il étendit le bras et me dit:
--Je la reverrai sans doute, s'il y a une autre vie, nous nous rencontrerons certainement dans Sirius ou dans la Lyre; mais ici-bas, Pierre, aussi vrai que je suis vivant à cette heure, je ne la reverrai jamais.
L'évènement, hélas! devait bientôt donner raison à Valère Bouldouyr.