--Et maintenant, s'écria celui-ci, nous sommes réunis tous les quatre, et nous cherchons Françoise ensemble!

M. Pizzicato se pencha vers moi:

--Florentin la rencontre de temps en temps. Tantôt dans une rue, tantôt dans l'autre, il la voit passer, mais toujours trop vite, et il n'a pas le temps de la rattraper. Seulement, il nous avertit et nous courons en hâte dans le quartier qu'il nous a désigné... Hélas! nous arrivons toujours trop tard; nous ne la retrouvons pas!

J'étais bien sûr que Françoise avait quitté Paris, mais j'admirai que ces trois hommes eussent assez confiance dans un simple d'esprit pour se laisser conduire par lui!

A je ne sais quoi de hagard et de dégradé qui se peignait sur leurs visages, je compris aussi que cette poursuite éperdue de Françoise les conduisait surtout dans des bistros, et ma pitié pour eux se doubla d'une grande tristesse.

--Mais nous avons confiance, dit Pizzicato, nous la trouverons.

--Paris n'est pas grand, ajouta M. Calbot, il faudra bien que nous la découvrions quelque jour!

--Alors notre vie à tous aura repris son sens, s'écria joyeusement Jasmin-Brutelier.

--Oui, oui, murmura Florentin Muzat, nous la verrons sûrement, puisqu'elle est une ombre, n'est-ce pas? On attrape toujours les ombres... Ce sont les autres qui s'en vont.

Je pris congé de mes pauvres amis, je leur fis promettre de venir me voir. Ils le firent, puis ils s'en allèrent tous quatre sous les charmilles du Palais-Royal. Leur démarche était incertaine. Ils parlaient fort en s'éloignant; il me sembla qu'ils montaient encore l'escalier d'or de Valère Bouldouyr et qu'ils trébuchaient à chacune de ses marches usées; mais l'escalier d'or maintenant ne menait plus nulle part!