La lune était couchée. L'ombre avait envahi la ville. Mais, à toutes les fenêtres, des lumières une à une s'allumèrent. Cette illumination soudaine, comme pour une fête, avait un aspect sinistre. Aube factice d'une journée où la fumée du combat, la vapeur des incendies et la buée du sang devaient obscurcir le soleil.
Les portes, successivement, s'entre-bâillèrent dans les rues en éveil. Des hommes en armes se montrèrent sur les seuils. Ils interrogeaient l'horizon, tendaient l'oreille, attendant au passage le gros de leur section pour entrer dans les rangs, et regardaient le jour monter au-dessus des toits.
Des crosses de fusils résonnaient sur les pavés. Par les ruelles et dans les cours on entendait le crépitement des batteries qu'on faisait jouer, le froissement métallique de la baïonnette dont on essayait la douille et le cliquetis des sabres et des piques.
Les maisons avoisinant les Tuileries avaient toutes leurs volets poussés, et déjà plusieurs boutiques s'ouvraient.
Mademoiselle Sans-Gêne n'avait pas été la dernière à mettre le nez au vent.
Vêtue d'un jupon court, une camisole légère couvrant sa poitrine bombée, un coquet bonnet de nuit sur la tête, après avoir écouté, de la fenêtre, les rumeurs de la nuit, percevant le tambour et reconnaissant le tocsin, elle s'était hâtée de passer dans son atelier, d'allumer et d'entr'ouvrir, avec prudence, sa porte...
La rue Royale-Saint-Roch où se trouvait sa boutique de blanchisseuse était encore déserte...
Catherine attendit, regardant, écoutant...
Ce n'était pas seulement la curiosité qui lui faisait ainsi guetter la venue des sections en armes...
Elle était bonne patriote, la Sans-Gêne, mais un autre sentiment que la haine du tyran l'animait alors...