Neipperg poussa un soupir de soulagement. Son rival ne serait plus là pour lui disputer celle qui tenait toute son âme. L'espoir lui appartenait. L'avenir n'était plus un gouffre noir, où il s'abîmait.
Blanche et son enfant lui apparaissaient, émergeant de ce gouffre. Il les arrachait à la nuit, et, avec eux, se baignait dans un bonheur radieux...
Une ombre à cette vision rayonnante. Comment rejoindrait-il Blanche? en quel endroit retrouverait-il son enfant?...
La bataille allait commencer. Il ne pouvait songer à traverser les lignes, ni à se rendre au camp français, même comme parlementaire, à l'heure où, avec le soleil allumant la crête des collines, luirait de Jemmapes à Mons la flamme des canons...
Il fallait attendre le résultat de la journée. La victoire devait sans nul doute appartenir aux vieilles troupes disciplinées de l'armée impériale. Les cordonniers, les tailleurs et les merciers qui formaient les bataillons républicains pouvaient-ils avoir l'espérance de tenir contre les soldats aguerris du duc de Saxe? La canonnade de Valmy n'avait été qu'une surprise. La fortune des armes, à Jemmapes, devait revenir du côté du nombre, du savoir militaire et de l'ordre tactique: le duc de Saxe-Teschen avait déjà dépêché un courrier à Vienne annonçant la défaite des sans-culottes.
Mais, dans la déroute inévitable des Français, que deviendraient Blanche et son enfant?...
L'angoisse de Neipperg croissait, à la prévision des dangers qui suivraient cette défaite, et la débandade de cette armée improvisée, incapable d'opérer une retraite, selon les règles de l'art militaire.
Il cherchait vainement le moyen de préserver les deux êtres qui lui étaient si chers des conséquences terribles de la débâcle prévue, quand une rumeur au dehors le fit sortir précipitamment du grand salon du château transformé en quartier général, où les officiers qui l'accompagnaient rédigeaient sous sa dictée les ordres de combat du général Clerfayt et remettaient aux estafettes des plis pour les différents chefs de corps, en vue de l'action qui allait s'engager...
Il s'informa de la cause de ce tumulte.
On lui apprit qu'une femme échevelée, les vêtements déchirés, souillés de boue, l'air égaré, venait d'être arrêtée par les sentinelles, à l'entrée du parc. Elle voulait pénétrer dans le château. Elle prétendait qu'elle était la fille du marquis de Laveline, logé en ce moment chez M. de Lowendaal.