Depuis, elle l'accompagna dans ses rondes, chaque fois que l'heure et le temps le permettaient, et, à l'occasion, tirait un lapin ou servait un chevreuil.

Ainsi Renée se familiarisa avec la marche, avec la fatigue, avec la poudre, avec les armes.

Au hasard de ses courses, bien souvent, le fusil sous le bras, elle s'en allait seule, loin du père La Brisée, occupé à surveiller de rusés fraudeurs ayant disposé pièges et collets dans les sentes et les passes du gibier. Ces jours-là, lièvres, faisans et perdreaux pouvaient, tranquilles, se raser, se percher, ou rappeler. Renée ne renouvelait pas la pierre de son fusil, et ne faisait nulle attention aux rencontres de son chien. Alors elle battait la plaine du côté d'un moulin, où, près du ruisseau jaseur qui l'alimentait, se trouvait, derrière un rideau de peupliers, comme une cabane de verdure faite de plantes sauvages, viornes, prèles, lierres, grimpant et s'enchevêtrant dans un verdoyant fouillis.

Ce n'était pas seulement la fraîcheur de cette retraite heureuse, ni le gazouillis du ruisseau sur les cailloux, ni le calme profond sous l'ombre épaisse, qui l'attiraient.

Pour Marcel, le fils du meunier, les bords discrets du ruisseau avaient pareillement un attrait.

Aussi fréquemment qu'il était possible, les deux jeunes gens se rencontraient là...

Un livre à la main, le jeune homme, à pas lents, dès qu'il apercevait Renée partant en chasse, venait au-devant d'elle...

Il feignait de lire comme elle de chasser...

Leur pensée était ailleurs, et livre et gibier n'intéressaient que comme prétextes.

Renée avait alors dix-sept ans, Marcel entrait dans sa vingtième année...