—Vingt!... c'est le vingtième coup... murmuraient les voix de la foule...

Un silence général écrasa tous les bruits, tous les chuchotements.

Le vingt et unième coup de canon était tiré...

L'artillerie des Invalides allait-elle demeurer muette, n'ayant plus d'autre événement à annoncer? Les vingt et un coups réglementaires pour la naissance d'une princesse étaient-ils accomplis?

Toutes les poitrines étaient oppressées. Il sembla que l'intervalle fût plus prolongé, et déjà certains se disaient: «C'est tout! Napoléon n'aura pas d'héritier...»

Mais une détonation éclate, suivie d'un immense hourra...

Quelques assistants hésitent à partager l'allégresse unanime. Ils insinuent que peut-être l'on s'est trompé dans le compte des salves. Ils espèrent encore que Napoléon n'aura pas le fils qu'il attend; mais un autre coup de canon, puis un autre retentissent. Il n'y a plus à douter: un enfant mâle est né.

Les acclamations, les cris, les chapeaux lancés en l'air, les serrements de mains, les propos exubérants échangés, toute la joie populaire se manifestait en ce jour unique de bonheur pour Napoléon.

Il avait éprouvé de cruelles émotions. L'effort pour les cacher à tous l'avait brisé.

Après avoir dit à l'accoucheur Dubois qu'il s'en remettait à lui et qu'il lui demandait de traiter l'Impératrice comme s'il eût à délivrer une fermière, il s'était retiré et plongé dans un bain pour calmer sa nervosité et prendre un peu de repos.