Enfin!... la fortune ne l'abandonnait pas!... Il avait un héritier... Le monde allait compter avec Napoléon II!...
Il fit un mouvement pour s'élancer vers le praticien et prendre son enfant. Dubois l'arrêta d'un geste impatient, impérieux et, d'un regard inquiet, il enveloppa le petit être toujours inerte, au corps violacé...
Il n'avait pas salué d'un de ces cris aigus, qui sont la diane de la vie, sa venue à la lumière, cet enfant chétif, dont aucun membre ne tressaillait et qui semblait un paquet de chair morte tiré du ventre d'une mère mourante...
Napoléon éprouva subitement une contraction aiguë de tous ses nerfs. Il avait compris la perplexité et le doute du médecin. Mordant ses lèvres, crispant ses doigts, il s'efforça de conserver la sérénité impériale dont il avait jusque-là fait montre. N'avait-il donc tant espéré que pour désespérer davantage, et la fortune, comme pour le narguer, ne lui avait-elle donné la vue de cet enfant si désiré que pour le lui enlever aussitôt?
En silence, il suivait, l'œil fixe et sombre, tous les mouvements de l'accoucheur s'appliquant à ranimer l'enfant.
«J'aurais préféré, dit-il plus tard, me retrouver dans le cimetière d'Eylau!...»
Dubois, cependant, frictionnait le petit corps mou et décoloré; il insufflait de l'air dans les poumons, en appuyant ses lèvres sur la petite bouche immobile et froide; il tapotait doucement les reins et berçait avec précautions le nouveau-né.
Sept minutes s'écoulèrent ainsi sans qu'un cri, sans qu'une manifestation de la vie vînt rassurer le père torturé...
Tout à coup, la bouche de l'enfant s'entr'ouvrit et son premier cri, aux oreilles de l'Empereur plus délicieux qu'une fanfare de triomphe, s'éleva dans le silence angoisseux de la chambre...
L'héritier de l'Empire était vivant, bien vivant!...