Et tous les quatre, de plus en plus pensifs et déconcertés, se dirigèrent vers l'établissement du docteur Dubuisson, où était interné le général Malet.
Nul ne prévoyait alors que la naissance du roi de Rome ne serait ni un obstacle aux audacieux projets de Malet, ni une garantie de paix pour la France.
Personne ne pouvait deviner la destinée malchanceuse et touchante de cet enfant, que son père ne pourrait embrasser que tout petit et dont la jeunesse devait s'étioler dans une prison royale, hors de cette France dont on lui interdirait le langage, dont on lui cacherait la gloire.
Les cloches sonnant à toutes volées, l'artillerie proclamant l'heureux avènement, étourdissaient, grisaient, enivraient le peuple et la cour; l'étranger s'inclinait, respectueux encore, devant cette faveur nouvelle du destin.
Le comte de Provence, en Angleterre, murmurait avec un sourire contraint, au reçu de la nouvelle: «Il est dit que je ne coucherai jamais aux Tuileries.»
Le 20 mars 1811 fut le jour de triomphe, la date culminante de la vie de Napoléon.
Le versant de la jeunesse, de la victoire, de l'ascension hardie et puissante, était franchi:—après un court arrêt sur le sommet, la descente lente, puis précipitée, la dégringolade, la chute, le gouffre avec toute son horreur, Fontainebleau et le suicide entrevu, la trahison, l'abdication, Sainte-Hélène et les outrages du geôlier anglais, voilà ce qui était réservé au maître éphémère du monde, si joyeux d'être père en cette matinée de confiance et d'espoir.
[II]
L'AGENT DES PRINCES
Le comte de Maubreuil, en quittant le marquis de Louvigné, lui avait serré significativement la main, en lui disant:
—La fortune ne servira pas toujours Napoléon!... Nous nous reverrons, marquis!...