—Je le connais aussi, reprit Henriot, sans affectation... j'ai même été le visiter aujourd'hui dans la maison de santé où il est gardé...
—Vous?... Mais j'y pense, dit tout à coup Marcel baissant la voix, le général a parlé, oh! discrètement, d'un officier, du service de la place, avec lequel il était en relation... serait-ce vous?...
—Ce doit être moi, répondit tranquillement Henriot.
—Alors vous êtes des nôtres?...
—Oui et non... dit évasivement le colonel.
Cette réponse ne parut pas satisfaire entièrement Marcel. Il ne savait pas de quels éléments Malet disposait dans l'armée; or, tous les conjurés étaient inconnus les uns des autres, sauf les cinq personnages qui s'étaient trouvés rassemblés dans la journée même chez Malet. Le général leur faisait croire qu'il disposait de ressources considérables, de partisans nombreux disséminés dans tous les rangs sociaux, principalement dans l'armée: Marcel ne douta plus qu'Henriot ayant eu, le jour même, une entrevue avec Malet, ne fût comme lui entré dans la conspiration. L'attitude prudente et les paroles réservées d'Henriot n'étaient point pour lui ôter ce soupçon.
Il résolut de savoir aussitôt à quoi s'en tenir.
Tirant de sa poche le fragment de la lettre déchirée par Camagno et qui devait servir aux conspirateurs de signe de ralliement, il le présenta à Henriot, en lui disant:
—Vous connaissez cela?...
Henriot regarda le morceau de papier, sans paraître frappé par ce signe. Évidemment il n'était pas dans le secret. Marcel, très contrarié, remit le fragment dans sa poche, sans mot dire.