—Mon pays est jusqu'ici à l'abri de ses rapts, mais Napoléon m'a humilié, répondit Neipperg... il m'a fait une de ces mortelles injures qu'on ne pardonne pas... il m'a frappé au visage, il m'a fouetté les épaules avec les aiguillettes de mon uniforme qu'il m'avait arrachées, tandis que ses mamelucks me tenaient renversé...
—Frapper un gentilhomme tel que vous, un officier, un ambassadeur!... c'était grave...
—Rien ne l'a arrêté... mais il m'a fait une insulte plus irréparable... J'avais pu, en me dégageant, tirer mon épée... on m'a désarmé à temps.
—Et vous êtes parvenu à échapper à ses mamelucks, à sa vengeance?
—Oui, il m'a fait grâce! dit Neipperg d'une voix sombre... je lui dois la vie... on allait me fusiller... brusquement un secours m'est venu... on m'a permis de m'évader et j'ai dû promettre à la personne qui s'intéressait si fortement à moi de ne pas chercher à me venger, de ne pas tenter de nettoyer dans le sang de Napoléon mon honneur souillé!...
—Vous tiendrez votre serment?...
—Oui... je le dois!... dit avec effort Neipperg. J'ai promis... et devant témoin... encore!...
—Diable!... et ce témoin?...
—Une amie sans pareille... qui deux fois m'a sauvé la vie... la meilleure et la plus brave des femmes aussi, dans le sens héroïque du mot, la maréchale Lefebvre...
—Madame Sans-Gêne?... C'est elle qui a votre promesse de ne rien entreprendre contre Napoléon?...