Le rêve de Napoléon s'accomplirait donc entièrement!

Véritablement n'était-il pas alors trop heureux, trop insolemment heureux?

Victorieux partout, jouissant pour la première fois de la paix générale avec confiance, n'ayant guère que l'épine de l'Espagne au pied, il attendait avec une fiévreuse impatience la délivrance de l'Impératrice.

Malgré les soins les plus attentifs, Marie-Louise avait eu une grossesse difficile.

A la minute suprême, l'angoisse s'établissait silencieuse et profonde autour de son lit.

Corvisart, inquiet, fit appeler l'Empereur.

Le potentat qui avait introduit à sa cour une étiquette asiatique, et qu'on n'approchait qu'avec un cérémonial rigoureux, ne craignit pas de déférer sur-le-champ à l'invitation du premier médecin.

Sans chambellan, sans dame d'annonce, nu-tête et l'œil troublé, celui qui n'avait pas eu un tressaillement de la face dans le cimetière d'Eylau parut, visiblement démonté, sur le seuil de la chambre de Marie-Louise:

—Sauvez la mère!... cria-t-il. Ne laissez pas périr ma Louise!... Corvisart, sur votre tête, vous me répondez de la vie de l'Impératrice!...

—Sire, j'essaierai de sauver aussi l'enfant... mais il faudra peut-être recourir aux forceps.