—Pardon!... un mot urgent à dire au duc de Frioul!...

Puis elle marcha droit vers Duroc. Mais celui-ci, déjà, s'était éloigné du fauteuil d'Alice. Empoignant Henriot sous le bras, il l'avait entraîné vers le petit salon de l'Empereur.

Déconcertée, Catherine prit une résolution brusque. Quittant à son tour le salon comme si quelque ordre intérieur à donner l'eût appelée à l'improviste, elle passa dans la salle à manger, gagna un couloir qui contournait les grands appartements et s'approcha, sur la pointe des pieds, d'une petite porte qui donnait accès dans le salon réservé.

—Ça n'est pas très digne ce que je fais là, d'écouter aux portes, murmura-t-elle en retroussant sa traîne qui l'embarrassait; si l'on me surprenait, on me prendrait pour une camériste... Mais la fin justifie les moyens, comme me disait l'autre jour Talleyrand à qui je reprochais une de ses canailleries... Présentement, il s'agit de sauver Alice... sans parler de ce pauvre Henriot qui ne se doute guère de l'aigrette que Duroc veut lui planter sur le front... Tant pis! je saurai à quoi m'en tenir, au moins!...

Et se penchant, anxieusement, fiévreusement, elle colla son oreille au panneau...

L'Empereur parlait:

—Vous allez partir cette nuit même, disait-il de son ton saccadé... vous pourrez continuer à faire votre cour à votre charmante fiancée... D'ailleurs, il est inutile que personne ici sache la mission que je vous confie, et votre absence peut être inaperçue. La fête sera vraisemblablement terminée dans une heure, chacun sera rentré chez soi... et vous pourrez vous mettre en route sans être remarqué... Vous avez bien compris?

—Parfaitement, Sire! répondit une voix que la maréchale reconnut pour être celle d'Henriot.

—Une de mes voitures attend tout attelée sous la remise... vous la prendrez... Le duc de Frioul vous conduira... Combien faut-il d'ici Paris, Duroc?

—Avec les chevaux de Votre Majesté, quatre heures! dit une autre voix qui était celle du grand maréchal.