Lefebvre regarda sa femme avec une admiration mélangée de stupeur, comme on contemplerait un audacieux explorateur qui va entrer dans le gîte d'un lion ou descendre dans un volcan en éruption.

—Prends garde, au moins, de ne pas me brouiller avec l'Empereur! recommanda-t-il, fort inquiet sur la démarche de Catherine.

La maréchale leva à deux reprises son épaule gauche et dit:

—Tu n'es qu'un imbécile!

—Tu parles comme Napoléon! murmura Lefebvre en recevant ce compliment.

Mais déjà Catherine l'avait planté là, car elle venait de voir un mouvement se produire dans la foule des invités vers le petit salon: l'Empereur allait probablement se retirer, il fallait saisir le moment et lui parler, seule, face à face, bravement.

C'est au gîte qu'il fallait aborder le lion.

[VII]
SANS-GÊNE EMBRASSE NAPOLÉON

L'Empereur accueillit gracieusement la maréchale. Il était tout à fait dans ses bonnes lunes. Il la félicita sur l'ordonnance de sa fête et lui adressa même un compliment, qui, en d'autres moments, l'eût particulièrement flattée, sur sa bonne grâce et son excellente façon de recevoir ses hôtes.

Comme Napoléon débitait ses agréables propos, en manière de congé, tout en faisant signe à Duroc de commander son service pour la rentrée dans ses appartements, la maréchale, avec un léger tremblement dans la voix, lui dit: