—Oh! oh!... Malet n'a pas dit son dernier mot, fit l'abbé, et j'espère bien, avec le père Camagno, lui faire accepter la royauté, seul gouvernement possible en France... N'est-ce pas votre avis, mon révérend?...
—Peu m'importe le nom du gouvernement que nous substituerons à celui de Buonaparte, dit le moine d'un ton farouche, pourvu que ce pouvoir rétablisse l'Église dans sa gloire...
—Je ne partage pas vos idées, mon père, dit alors Boutreux, en ce qui concerne le retour d'un roi qui me paraît bien problématique...; je crois que si Napoléon est enfin abattu par nous, c'est la République qui s'impose!... mais, où je me retrouve d'accord avec vous, c'est que j'entends que cette République soit non pas impie, mais chrétienne... Jésus-Christ était républicain... croyez-moi, ne mêlez pas trop le pape à nos affaires... l'Église française, voilà ce qu'il nous faudrait; n'est-ce pas votre avis, major?
Marcel hocha la tête:
—Il faut la République universelle, dit-il, tous les peuples frères!... plus de frontières!... la guerre abolie! La concorde remplaçant la rivalité, l'échange libre des produits, et les idées comme les marchandises affranchies des douanes, de l'autorité, du fisc, de la police; voilà mon idéal, à moi, et voilà pourquoi je veux renverser Napoléon! accentua-t-il avec une sombre exaltation.
Son visage d'apôtre s'illuminait alors d'une clarté douce. Ses yeux prenaient une froide extase. Il semblait, grisé par son rêve, être déjà le contemporain de cette société idéale, fondée par la fraternité avec la paix pour régime, où les hommes de ce globe ne seraient plus que les enfants d'une famille habitant la même maison.
Le canon continuait à tonner.
Et la rumeur grandissante de la foule accompagnait les salves, au nombre encore mystérieux.
—Dix-sept!... ça approche, mon cher Maubreuil, dit M. de Louvigné à son compagnon, assez haut pour être entendu de Marcel et de ses amis.
Ce compagnon du marquis de Louvigné, inquiétant personnage, avec ses allures de chercheur de querelles et de coureur d'aventures, son œil fauve et sa lèvre mince, mauvaise, murmura: