—Oui. Ne l'oubliez pas.
—Ce mot d'ordre, n'est-ce pas le point de départ de ma vengeance?... Je n'aurai garde de l'oublier... Mais, vous-même, comte de Maubreuil, ne faites-vous point partie des Philadelphes?
—Je suis de cœur avec eux. Les conspirateurs, je vous le dirai franchement, m'ont toujours découragé des conspirations. On parle beaucoup, et l'on agit peu dans ces conciliabules. Et le bavardage ne cesse que lorsqu'une oreille indiscrète en ayant recueilli les échos, la police survient et envoie tout le monde en prison... Les Philadelphes avaient du bon, je ne dis pas... Mais leur chef, le général Malet, ruminait des conceptions vraiment trop extraordinaires... il attendait d'un événement guerrier le signal du soulèvement qu'il projetait... il comptait sur un boulet autrichien ou russe pour en finir avec l'Empereur... Il y a mieux et plus sûr!... pour abattre le tyran, un homme vaut mieux qu'un canon... Tant qu'il n'y avait du côté de Malet que l'espoir en l'artillerie, j'augurais mal de sa réussite; à présent je suis plus confiant, je suis presque certain de son succès...
—Pourquoi cela, comte?
—Parce que, plus heureux que Diogène, et cela sans lanterne, il a, un peu grâce à moi, trouvé un homme...
—Qui donc?
—Vous!...
Henriot prit la main de Maubreuil et la serra énergiquement.
—Je serai l'homme sur lequel vous comptez! Les Philadelphes trouveront en moi l'arme qu'il faut... j'en fais le serment!... A présent je veux vivre; oui, vivre pour me venger!... Comte, que faut-il faire cette nuit... demain? quand dois-je agir? je me laisse guider par vous, comme un enfant...
—Eh bien! venez!... La nuit s'éclaircit et l'aube bientôt va rendre les routes dangereuses pour ceux qui conspirent... Suivez-moi jusqu'à la ville voisine; là vous trouverez des vêtements civils, là nous nous séparerons...