CYRANO:
Tu peux l'envoyer. Sois tranquille. Elle est bien.
CHRISTIAN:
Vous aviez ?. . .
CYRANO:
Nous avons toujours, nous, dans nos poches,
Des épîtres à des Chloris. . .de nos caboches,
Car nous sommes ceux-là qui pour amante n'ont
Que du rêve soufflé dans la bulle d'un nom !. . .
Prends, et tu changeras en vérités ces feintes;
Je lançais au hasard ces aveux et ces plaintes:
Tu verras se poser tous ces oiseaux errants.
Tu verras que je fus dans cette lettre—prends !—
D'autant plus éloquent que j'étais moins sincère !
—Prends donc, et finissons !
CHRISTIAN:
N'est-il pas nécessaire
De changer quelques mots ? Écrite en divaguant,
Ira-t-elle à Roxane ?
CYRANO:
Elle ira comme un gant !
CHRISTIAN:
Mais. . .
CYRANO:
La crédulité de l'amour-propre est telle,
Que Roxane croira que c'est écrit pour elle !
CHRISTIAN:
Ah ! mon ami !
(Il se jette dans les bras de Cyrano. Ils restent embrassés.)
Scène 2.XI.
Cyrano, Christian, les Gascons, le mousquetaire, Lise.