ROXANE:
Il se rongera l'âme,
Et ses amis les poings, de n'être pas au feu:
Et vous serez vengé !

DE GUICHE (se rapprochant):
Vous m'aimez donc un peu ?
(Elle sourit):
Je veux voir dans ce fait d'épouser ma rancune
Une preuve d'amour, Roxane !. . .

ROXANE:
C'en est une.

DE GUICHE (montrant plusieurs plis cachetés):
J'ai les ordres sur moi qui vont être transmis
A chaque compagnie, a l'instant même, hormis. . .
(Il en détache un):
Celui-ci ! C'est celui des cadets.
(Il le met dans sa poche):
Je le garde.
(Riant):
Ah ! ah ! ah ! Cyrano !. . .Son humeur bataillarde !. . .
—Vous jouez donc des tours aux gens, vous ?. . .

ROXANE (le regardant):
Quelquefois.

DE GUICHE (tout près d'elle):
Vous m'affolez ! Ce soir—écoutez—oui, je dois
Être parti. Mais fuir quand je vous sens émue !. . .
Écoutez. Il y a, près d'ici, dans la rue
D'Orléans, un couvent fondé par le syndic
Des capucins, le Père Athanase. Un laïc
N'y peut entrer. Mais les bons Pères, je m'en charge !. . .
Il peuvent me cacher dans leur manche: elle est large.
—Ce sont les capucins qui servent Richelieu
Chez lui; redoutant l'oncle, ils craignent le neveu.
—On me croira parti. Je viendrai sous le masque.
Laissez-moi retarder d'un jour, chère fantasque !. . .

ROXANE (vivement):
Mais si cela s'apprend, votre gloire. . .

DE GUICHE:
Bah !

ROXANE:
Mais
Le siège, Arras. . .

DE GUICHE:
Tant pis ! Permettez !