CYRANO (continuant):
. . .dont c'était les frémissantes fêtes,
Ne baiseront au vol les gestes que vous faites;
J'en revois un petit qui vous est familier
Pour toucher votre front, et je voudrais crier. . .

ROXANE (troublée):
Comme vous la lisez,—cette lettre !
(La nuit vient insensiblement.)

CYRANO:
Et je crie:
Adieu !. . .

ROXANE:
Vous la lisez. . .

CYRANO:
Ma chère, ma chérie,
Mon trésor. . .

ROXANE (rêveuse):
D'une voix. . .

CYRANO:
Mon amour !. . .

ROXANE:
D'une voix. . .
(Elle tressaille):
Mais. . .que je n'entends pas pour la première fois !
(Elle s'approche tout doucement, sans qu'il s'en aperçoive, passe derrière le fauteuil, se penche sans bruit, regarde la lettre.—L'ombre augmente.)

CYRANO:
Mon cœur ne vous quitta jamais une seconde,
Et je suis et serai jusque dans l'autre monde
Celui qui vous aima sans mesure, celui. . .

ROXANE (lui posant la main sur l'épaule):
Comment pouvez-vous lire à présent ? Il fait nuit.
(Il tressaille, se retourne, la voit là tout près, fait un geste d'effroi, baisse la tête. Un long silence. Puis, dans l'ombre complètement venue, elle dit avec lenteur, joignant les mains):
Et pendant quatorze ans, il a joué ce rôle
D'être le vieil ami qui vient pour être drôle !