CYRANO (avec un rire amer):
Que j'aimasse ?. . .
(Changeant de ton et gravement):
J'aime.

LE BRET:
Et peut-on savoir ? tu ne m'as jamais dit ?. . .

CYRANO:
Qui j'aime ?. . .Réfléchis, voyons. Il m'interdit
Le rêve d'être aimé même par une laide,
Ce nez qui d'un quart d'heure en tous lieux me précède;
Alors, moi, j'aime qui ?. . .Mais cela va de soi !
J'aime—mais c'est forcé !—la plus belle qui soit !

LE BRET:
La plus belle ?. . .

CYRANO:
Tout simplement, qui soit au monde !
La plus brillante, la plus fine,
(Avec accablement):
la plus blonde !

LE BRET:
Eh ! mon Dieu, quelle est donc cette femme ?. . .

CYRANO:
Un danger
Mortel sans le vouloir, exquis sans y songer,
Un piège de nature, une rose muscade
Dans laquelle l'amour se tient en embuscade !
Qui connaît son sourire a connu le parfait.
Elle fait de la grâce avec rien, elle fait
Tenir tout le divin dans un geste quelconque,
Et tu ne saurais pas, Vénus, monter en conque,
Ni toi, Diane, marcher dans les grands bois fleuris,
Comme elle monte en chaise et marche dans Paris !. . .

LE BRET:
Sapristi ! je comprends. C'est clair !

CYRANO:
C'est diaphane.

LE BRET:
Magdeleine Robin, ta cousine ?