LE BRET:
Quelle aberration !
CYRANO:
Eh bien, oui, c'est mon vice.
Déplaire est mon plaisir. J'aime qu'on me haïsse.
Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux
Sous la pistolétade excitante des yeux !
Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches
Le fiel des envieux et la bave des lâches !
—Vous, la molle amitié dont vous vous entourez,
Ressemble à ces grands cols d'Italie, ajourés
Et flottants, dans lesquels votre cou s'effémine:
On y est plus à l'aise. . .et de moins haute mine,
Car le front n'ayant pas de maintien ni de loi,
S'abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi,
La Haine, chaque jour, me tuyaute et m'apprête
La fraise dont l'empois force à lever la tête;
Chaque ennemi de plus est un nouveau godron
Qui m'ajoute une gêne, et m'ajoute un rayon:
Car, pareille en tous points à la fraise espagnole,
La Haine est un carcan, mais c'est une auréole !
LE BRET (après un silence, passant son bras sous le sien):
Fais tout haut l'orgueilleux et l'amer, mais, tout bas
Dis-moi tout simplement qu'elle ne t'aime pas !
CYRANO (vivement):
Tais-toi !
(Depuis un moment, Christian est entré, s'est mêlé aux cadets; ceux-ci ne lui adressent pas la parole; il a fini par s'asseoir seul à une petite table, où Lise le sert.)
Scène 2.IX.
Cyrano, Le Bret, les cadets, Christian de Neuvillette.
UN CADET (assis à une table du fond, le verre en main):
Hé ! Cyrano !
(Cyrano se retourne):
Le récit ?
CYRANO:
Tout à l'heure !
(Il remonte au bras de Le Bret. Ils causent bas.)
LE CADET (se levant, et descendant):
Le récit du combat ! Ce sera la meilleure
Leçon
(Il s'arrête devant la table où est Christian):
pour ce timide apprentif !
CHRISTIAN (levant la tête):
Apprentif ?