«Partout où il y a des Turcs, les cinq exécuteurs surgissent.
«Tous ceux qui refusent le baptême sont massacrés sans pitié, ceux qui embrassent la croix sont présentés comme frères au vladika.
«Le peuple, réuni à Tsetinié, salua l'aurore de Noël par des chants d'allégresse. Pour la première fois, depuis le jour de Korsovo, il pouvait s'écrier: «Le Tsernogore est libre.»
Aujourd'hui encore, les descendants des cinq Martinovitj chantent avec orgueil cette piesma dans leurs banquets de fête.
X.
Au milieu des guerres qu'il soutenait contre les Turcs, luttes héroïques, mêlées de grands triomphes et de sanglants revers, le Monténégro restait inconnu des États de l'Europe; La Russie comprit la première quel parti elle pouvait tirer de ce peuple de soldats ardents et fanatiques dans ses combats contre la Turquie. Pierre Ier envoya un émissaire au Monténégro. Une piesma raconte l'arrivée de cet agent, et les paroles que le tzar est censé adresser aux chefs de la montagne.
«Le Turc m'attaque avec toutes ses forces, pour venger Charles XII, et pour plaire aux potentats de l'Europe; mais j'espère dans le Dieu tout-puissant, et je me fie à la nation serbe, surtout aux bras des Tsernogorstes, qui certainement m'aideront à délivrer le monde chrétien, à relever les temples orthodoxes et à illustrer le nom des Slaves.
«Guerriers de la montagne Noire, vous êtes du même sang que les Russes, de la même foi, de la même langue, et d'ailleurs n'êtes-vous pas comme les Russes des hommes sans peur?