Les villages sont rares dans ce pays et composés d'un petit nombre d'habitations; on ne compte au Monténégro qu'une seule ville, Niégouchi, si on peut donner ce nom à une agglomération de quelques habitations occupées par les principales familles du pays. Niégouchi est, pour ainsi dire, la ville sainte, le berceau du Monténégro. On y montre la maison occupée par les fondateurs de la république, par les ancêtres de la famille actuellement régnante, maison simple du reste, et qui ne se distingue de celle des autres habitants que par ses dimensions un peu plus considérables.
Le vladika et le sénat siègent dans la forteresse de Tsetinié, située sur le plateau d'une haute montagne, au pied de laquelle s'étend une immense plaine. C'est dans cette forteresse que se réunissent les assemblées populaires, qui ont lieu tous les ans.
VIII.
Le Monténégro a dans les piesmas une littérature avec laquelle on pourrait facilement reconstruire toute son histoire. Un grand nombre de ces chansons populaires célèbrent les hauts faits de cet Ivo, dit le Noir (Tsernoï), dont nous avons parlé, et qui a donné son nom au pays (Tsernogore).
C'est en dépouillant ces piesmas qu'on est parvenu à retracer les annales du Monténégro. C'est vers 1500 seulement que le pays est habité par une population permanente. Auparavant le Monténégro n'était, comme nous l'avons dit, qu'un immense lieu de refuge, d'abord pour l'haïdouck, c'est-à-dire pour le bandit, ensuite pour l'ouskok; c'est le nom du proscrit, de l'exilé, qui fixe enfin sa résidence quelque part. Au XIVe siècle les ouskoks se trouvèrent assez nombreux pour passer à l'état de peuple et pour fonder une nationalité. Rome n'eut pas d'autre origine.
Ivo le Noir, après avoir battu Mahomet II et rendu les services les plus grands à la république de Venise, finit enfin par éprouver de graves revers. Forcé de fuir devant ses ennemis, il transporta les reliques et les religieux du couvent et de la citadelle de Jabliak, et choisit la position presque imprenable de Tsetinié pour y construire l'église et la forteresse, qui sert encore de résidence au chef du pays. Là il brava longtemps encore la puissance des Turcs et leur fit essuyer de sanglants désastres.
Le souvenir d'Ivo le noir est encore vivant au Monténégro; une foule de sources, de fontaines, de monuments ruinés, de rocs isolés portent le nom du héros tsernogorste. Il maria son fils à la fille du doge de Venise, s'il faut en croire la piesma suivante.
Ivo écrit une longue lettre au doge de la grande Venise: