Je signalerai enfin le temple de Castor et Pollux, dont il reste trois colonnes, et, en dehors des murailles, au sud, l'édifice carré à deux étages, qui a reçu le nom de Tombeau de Théron.
De Girgenti à Castrogiovanni. — Caltanizzetta. — Castrogiovanni. — Le lac Pergusa et l'enlèvement de Proserpine.
Le 22 septembre, au lever du soleil, je quittai Girgenti, dont les abords, embellis par la verdure variée des cactus, des grenadiers, des oliviers, des amandiers, fourmillaient de gens des campagnes qui se rendaient à la ville, les uns à pied, les autres sur des mulets portant de volumineux pains de soufre, les autres dans de petites voitures découvertes et ornées de peintures aux couleurs brillantes.
Au delà du village delle Grotte, cette fraîcheur et cette vie disparaissent; on s'engage dans un pays montueux et aride, dont la principale industrie est l'exploitation des mines de sel et de soufre.
Après avoir déjeuné dans un fondaco assez malpropre de la petite ville de Regalmuto, nous traversons sans encombre Canicatti, dont on m'avait représenté la population comme fort adonnée au brigandage, et nous arrivons à Serra di Falco, où je reçois un témoignage de ces vertus hospitalières dont l'antiquité faisait honneur aux Siciliens.
Nous voici à Caltanizzetta. C'est une ville de 17 000 habitants; on croit qu'elle occupe l'emplacement de l'antique Niza. Elle a été en partie renouvelée à la suite du désastre que les troupes insurrectionnelles de Palerme lui firent éprouver, en 1820, pour avoir refusé de prendre part au mouvement tenté en faveur de l'indépendance de la Sicile. On retrouve dans ses églises les images sanglantes du Christ et des damnés entourés de flammes que les Siciliens affectionnent particulièrement. Caltanizzetta possède des eaux minérales, et ses habitants font un assez grand commerce de sel et de soufre. Son territoire est abondant en vin, grains, huiles, amandes et pistaches. Une route carossable de quatorze milles d'étendue part de Caltanizzetta et va rejoindre celle qui unit Palerme à Messine.
On aperçoit longtemps Castrogiovanni avant de pouvoir y parvenir; il faut franchir bien des montagnes, traverser de nombreux ruisseaux, avant de gravir la route en zigzag qui conduit au sommet dans lequel s'enfonce cette ville, l'antique Enna, le point central, l'ombilic de la Sicile, comme disaient les anciens. Sa population, qui est de plus de 13 000 âmes, a un aspect assez misérable. Les cochons et les poules vaguent à travers les rues. Les mendiants, hommes et femmes, sont à peine vêtus. Le costume des gens aisés a quelque caractère: les hommes portent la culotte courte et les chausses attachées avec des courroies de cuir; les femmes se couvrent, soit de la grande mante noire qui ne laisse voir que leur visage, soit de la mantille noire ou brune.
La cathédrale, en partie gothique, en partie construite à l'époque de la Renaissance, est soutenue à l'intérieur par des colonnes d'albâtre noirâtre très-artistement ornées. On y remarque un candélabre antique en marbre blanc, venu, dit-on, du temple de Cérès, une inscription mentionnant le martyr Primus, de très-belles stalles en bois du seizième siècle, un Christ de Cimabuë, et des tableaux du Fiammingo.
C'est aux environs d'Enna, sur les rives du lac Pergus, aujourd'hui Pergusa, que le dieu des enfers enleva la fille de Cérès. Les paysans montrent une grotte qui, disent-ils, est l'ouverture infernale, d'où Pluton s'élança sur la terre pour surprendre la jeune déesse.
De Castrogiovanni à Syracuse. — Calatagirone. — Vezzini.