L'Oiseau-Mouche.

—Tenez-vous en panne, et aussitôt que vous aurez pris la remorque que je vais vous faire élonger, vous ferez servir et vous gouvernerez, toutes voiles dehors, dans les eaux de mon brick.»

Cette conversation au porte-voix avait lieu à onze heures du soir, dans les parages de l'Ile-de-France, entre un brick anglais et une petite goëlette française, qui, chassée pendant douze à quinze heures par le brick, avait été forcée d'amener, et de se rendre à l'opiniâtre croiseur sous la volée duquel il n'aurait pas fait bon pour elle.

Le brick le Sparrow, après avoir pris le négrier capturé, à la remorque, fait filer le long de son bord une embarcation montée de dix hommes et d'un midshipman, chargé d'amariner la prise et de surveiller l'équipage prisonnier.

En arrivant à bord de l'Oiseau-Mouche, le midshipman trouva un grand homme brun à l'air mécontent, qui lui dit être le capitaine de la goëlette. Vingt hommes de mauvaise mine l'entouraient. C'était son équipage.

«Où alliez-vous? lui demanda le midshipman.

—A Bourbon. La goëlette est de Saint-Paul.

—Mais comment se fait-il que, parti de Madagascar et voulant vous rendre à Bourbon, vous vous trouviez sur les attérages de l'Ile-de-France?

—Comment se fait-il que l'on se trompe, et que quelquefois un coup de vent vous jette où vous ne vouliez pas aller?

—Un coup de vent! Mais nous sommes à la mer depuis long-temps, et nous n'en avons ressenti aucun.