— Et comment t’arranges-tu de cet idiotisme épistolaire ?
— A merveille ! Je lui réponds tout ce qui me passe par la tête, et il trouve que j’ai un style charmant et que je suis une… Comment donc appelle-t-il cela déjà ? Une, une Sé… Sé… Aide-moi donc un peu !
— Une Sévigné, peut-être ?…
— Oui, justement, une Sévigné… A chaque lettre où il croit remarquer un progrès dans ma manière d’écrire, il m’envoie des pâtisseries, des liqueurs, des sucreries, des bijoux même quelquefois, que sais-je enfin, tout ce qu’il croit propre à encourager mon zèle pour la correspondance.
— En ce cas-là, tu feras des progrès immenses, je t’en donne ma parole, et tu sais que jamais je n’ai promis en vain.
— Et comment cela, des progrès immenses ?
— Je t’écrirai toutes tes réponses ; tu les recopieras, et je veux que les bouteilles de liqueur pleuvent chez toi comme autrefois la manne dans le désert. Ah ! il aime le beau style épistolaire, le friand vieillard ! Eh bien ! on lui en donnera !
— Oui, pour ses bijoux, n’est-ce pas ? Ce sera délicieux, ravissant ! Quand je te disais, Édouard, qu’il nous serait si doux de le tromper ! D’autant mieux, vois-tu, qu’il n’y a rien qui m’ennuie plus que d’être obligée de lui faire une lettre tous les jours, quand je ne sais, la plupart du temps, que lui dire.
— As-tu là sa correspondance ?
— Sans doute, puisque je suis obligée de la lire et d’y répondre.